Après une prestation encore décevante face à Nancy ce samedi, le PSG et plus particulièrement Unai Emery, est victime d’une énième vague de critique. Au-delà du protectionnisme de notre football, le technicien basque peine à mettre en place son jeu. Entre des nouvelles méthodes qui prennent du temps, un environnement médiatique très difficile, et une tactique qui est à l’opposée de celle pratiquée depuis trois ans, Emery est très critiqué. Le changement qu’il souhaite mettre en place est mal vu, mais pourrait être payant, sur le long terme.
« Je ne sais pas comment se passaient les entraînements avant, mais de ce que l’on m’a dit, c’était plus simpliste ». Recrue estivale du PSG, le latéral droit Thomas Meunier n’a pas sa langue dans sa poche au moment de commenter l’actualité mouvementée du PSG. L’acharnement médiatique dont son nouveau coach est victime l’a poussé à raconter ses impressions dans la presse. Il faut dire que le coach basque n’arrive pas en terrain conquis dans la capitale française. Pour cause, le football français n’aime pas que l’on touche à sa maison. Il faut la protéger.
Des nouvelles méthodes, un changement drastique
Qui dit coach étranger, dit nouvelles méthodes. Le technicien basque vient avec sa rigueur tactique et son obsession du moindre déplacement. Les séances au camp des loges sont désormais plus longues qu’auparavant. A titre d’exemple, les pros s’entraînent généralement entre 10h et 12h (heures inscrites sur le planning, mais rarement respectées). Aujourd’hui, une séance moyenne à Nice dur 2h pleines, avec des rallonges jusqu’à 2h45-3h. Une situation similaire se passe au PSG et les joueurs présents depuis plusieurs années en avaient perdu l’habitude. Les mises en place tactiques provoquent de nombreuses interrogations. Emery n’hésite pas à stopper le jeu lorsqu’un truc ne lui plaît pas, et même à prendre le joueur par le bras pour le replacer. Des scènes peu habituelles pour nos entraîneurs « Ligue 1 » aux compétences tactiques globalement limitées.

La gestion du cas Ben Arfa a suscité de vives critiques envers Emery. (Photo: Getty Images/Aurélien Meunier)
Des nouvelles méthodes aux entraînements, mais également avant et après les matchs. Les séances vidéo dont Emery se sert beaucoup sont un calvaire pour certains joueurs. Ce n’est pas sans rappeler les divers épisodes de la saison de Bielsa à l’OM. Les joueurs français ne sont globalement pas formés pour supporter un tel travail. Et les trois ans avec l’entraîneur précédent ont globalement fait oublier cette notion de travail aux internationaux venus d’ailleurs. Emery se retrouve donc avec une façon de travailler nouvelle pour la quasi-totalité de l’effectif. Il faut donc du temps pour que les joueurs apprennent les nouvelles bases tactiques et qu’ils assimilent toutes les consignes. C’est le sujet qui a alimenté le débat après la défaite à Toulouse. Emery et son staff a demandé aux joueurs cadres de l’équipe (Maxwell, Thiago Silva, Thiago Motta, Matuidi et Pastore) de s’exprimer sur le jeu de l’équipe, et non sur un éventuel retour à la possession.
Une tactique qui met du temps à prendre forme
Le jeu justement. Laurent Blanc avait pour conviction que son PSG pouvait avoir le même jeu que le Barça de Guardiola avec globalement les mêmes tendances à redoubler les passes et à garder le ballon pour fatiguer l’adversaire. Emery ne renie pas ce style de jeu, et l’on a vu le PSG par séquences garder un rythme de conservation très long pour réfléchir aux prochaines offensives.
Seulement, là où la patte Emery est en train de se mettre en place, c’est dans la verticalité du jeu. Le PSG dispose globalement du même effectif que l’année dernière, du moins lorsque l’on regarde le XI de départ, seul David Luiz et Ibrahimovich manquent à l’appel. Pourtant, la faculté que les Parisiens ont à utiliser les longs ballons et les transversales d’une touche à une autre est nouvelle. Cette envie se résume dans la philosophie d’Unai Emery de mener le ballon le plus rapidement possible dans la zone de vérité adverse. Ainsi, si l’on compare cette saison avec la saison dernière, le PSG fait moins de passes en moyenne par match (685 contre 718), mais en revanche, elle en fait plus dans les trente derniers mètres (139 contre 132). Plus le ballon est proche du but, plus tu as de chances de marquer.

Emery n’hésite pas à se lever de son banc pour orchestrer le jeu du PSG. (Photo: Getty Images/Xavier Laine)
Une équipe plus joueuse dans la zone de vérité et qui par conséquent touche plus de ballons dans la surface adverse (25 cette saison, contre 24 pour la précédente). La différence n’est pas effarante, mais elle permet de voir une certaine distinction entre les deux coachs. On peut expliquer la supériorité de ballons joués dans les trente derniers mètres par le pressing incessant mis en place par Emery. Le technicien basque pousse ses joueurs à ne rien lâcher du début à la fin du match, là ou l’année dernière in pouvait voir quelques relâchements. Un pressing constant mais une équipe plus joueuse que physique. Le PSG tient moins le ballon que l’année dernière mais dispute également moins de duel (98 en moyenne par match cette saison, contre 106 la saison passée). Laurent Blanc a voulu « copier » le Barça, Emery est entrain de donner une dimension espagnole à cette équipe.
Emery, victime du procès de l’instant
C’est devenu une mode, une routine due à l’avènement des réseaux sociaux et du besoin d’actualité. Le jugement sur un joueur, un entraîneur, un club est devenu tellement rapide qu’on a l’habitude de voir les médias avoir des avis différents sur les acteurs du jeu d’une semaine à l’autre. Emery n’est pas épargné par ce jugement de l’instant. A chaque match, une comparaison est effectuée avec le PSG de la saison dernière. Il ne faut toutefois pas oublier que si l’on excepte la saison passée, Emery est tout à fait dans les temps de passage de Blanc ou Ancelotti (Après 9 journées, le PSG avait 15 points en 2014-2015, 21 en 2013-2014, 19 en 2012-2013, ils en ont 19 aujourd’hui).
Des temps de passage honorables, malgré un jeu qui n’est pas reluisant, en témoigne le match de Nancy ce samedi soir. Seulement, Emery comme tous les entraîneurs dans les grands clubs a besoin de temps. Il ne faut pas oublier que Jurgen Klopp a eu du mal à s’affirmer avec Liverpool, tandis qu’Allegri avec la Juventus a connu des débuts compliqués. Même Emery est un entraîneur qui a connu des débuts compliqués à Séville. Débarqué en Janvier en remplacement de Michel, il n’a pas réussi à remonter Séville durant la phase retour de la Liga 2012-2013. Pourtant, en six mois, il façonne son équipe, met en place un recrutement, et son équipe est beaucoup plus séduisante après. En trois saisons, il fait deux cinquièmes places, gagne trois Europa Leagues et rivalise avec les plus grands clubs espagnols.
Le temps est donc à l’attente pour le technicien basque. Le PSG a besoin de se roder, de se comprendre et surtout de temps. On ne jugera le club parisien que sur ses prestations en Ligue des Champions, lors des phases à éliminations directes. D’ici là, Emery a encore le temps de nous surprendre.
Crédits photo à la une: Reuters/Dominic Ebenbichler