Très en vue la saison passée avec Avranches (National 1), Jonathan Clauss a accepté de répondre aux questions d’Au Stade. Son parcours, son arrivée à Quevilly-Rouen Métropole (Ligue 2) et ses perspectives de carrière ont rythmé une conversation sans langue de bois. Entrevue avec un joueur qui n’a sans doute pas fini de faire parler de lui.
Au Stade: Tout d’abord, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?
Jonathan Clauss: Moi c’est Jonathan Clauss, j’ai 25 ans. J’ai été formé au Racing Club de Strasbourg jusqu’au niveau CFA. J’ai ensuite rejoint un club à côté de Strasbourg car on ne m’a pas conservé au RCSA. J’ai également joué trois saisons au cinquième échelon allemand avant de revenir en France, à Raon l’Étape (National 3) puis à Avranches (National 1). Aujourd’hui je m’apprête à jouer pour Quevilly-Rouen en Domino’s Ligue 2.
La saison passée a été exceptionnelle pour toi: présence dans l’équipe type de National, quart de finale en Coupe de France contre le PSG (0-4)… Quel moment retiens-tu tout particulièrement ?
J’ai vécu beaucoup de choses. J’ai été bien récompensé avec mon statut de meilleur latéral droit du championnat, mais le match contre Paris reste mon plus beau souvenir. C’est le moment le plus fort de ma carrière pour le moment. C’était incroyable et avec mes coéquipiers on pensait rêver, que tout cela était trop beau pour nous arriver.
On t’a d’ailleurs vu sur les réseaux sociaux en compagnie de certains joueurs du PSG tels que Pastore et Lucas (voir photo par ailleurs). À quoi penses-tu à ce moment là ?
Avec certains coéquipiers on s’est retrouvés au contrôle anti-dopage avec Lucas et Pastore. On s’est demandés si tout cela était réel. Le fait de pouvoir les aborder, discuter avec de tels joueurs et de rigoler comme on le ferait entre potes c’était très étonnant. Ils blaguent à tout va et cela vient contredire l’impression que l’on pourrait avoir de joueurs assez fermés. Ils ont joué la Ligue des champions et même la Coupe du Monde mais j’ai été impressionné par leur « simplicité ».
Je ne voulais pas rater le train. On m’a très souvent dit qu’il ne passait qu’une fois. Il est arrivé et j’ai sauté dedans »
Jonathan Clauss
Finalement, as-tu appréhendé de quitter Avranches, un club qui t’a remis sous le feu des projecteurs ?
Avranches m’a proposé de découvrir le National. Les dirigeants m’ont donné une belle opportunité pour faire un point sur ma carrière, de voir si j’avais le niveau pour aller plus haut ou au contraire de montrer mes limites et de rester en National. Je me suis un peu jeté dans la gueule du loup, c’était quitte ou double. Finalement j’ai fait une belle saison et je me suis fait connaître. J’ai voulu voir plus haut et j’en ai parlé à Avranches. J’aurai pu rester, mais lorsque Quevilly-Rouen est arrivé je me suis senti obligé d’y aller. Je tiens à dire que je ne suis pas parti en mauvais terme même s’il y a eu des déçus.
Tu as d’ailleurs très rapidement accepté la proposition de Quevilly-Rouen. Qu’est-ce qui a autant motivé ton choix ?
Dès que Quevilly-Rouen a su que j’étais sur le marché, les dirigeants m’ont très rapidement transmis une offre. Cette proposition était assez exceptionnelle. Je ne pensais pas avoir l’opportunité de signer un contrat professionnel deux années après mon retour en France. Je ne voulais pas rater le train. On m’a très souvent dit qu’il ne passait qu’une fois. Il est arrivé et j’ai sauté dedans. Je ne voulais rien regretter. Et en plus j’ai l’occasion de rester en Normandie, un endroit que j’apprécie tout particulièrement.

Jonathan Clauss (deuxième en partant de la droite) en compagnie de Pastore et Lucas (deux premiers en partant de la gauche) après Avranches-PSG. Crédits photo: Facebook
D’autres clubs t’ont-ils approché lors de ce mercato ?
Effectivement. Des clubs Belges ont pris la température, et j’ai même reçu une proposition assez inattendue de Grèce ! Il y a également eu des approches d’autres clubs de Ligue 2. Mais rien d’assez concret par rapport au projet de Quevilly-Rouen. D’autant plus que j’avais ma petite idée du potentiel de l’équipe puisque je l’ai rencontrée la saison passée en National.
Tu es parti en stage avec tes nouveaux coéquipiers en Bretagne. Comment s’est déroulée ton intégration ? Quelle est l’ambiance dans le vestiaire ?
J’ai eu l’impression d’arriver dans un groupe assez similaire par rapport à celui de la saison passée à Avranches, c’est-à-dire avec des joueurs très ouverts. On rigole beaucoup. Maintenant, je constate une différence à l’entraînement par rapport à l’implication générale car le niveau n’est plus le même. Éventuellement je pouvais craindre de tomber dans un groupe assez « cloisonné », qui est monté en Ligue 2, qui a frôlé le titre de Champion en National. Au final j’ai découvert tout le contraire; un groupe agréable. Dix minutes après mon arrivée, c’était comme si j’avais connu mes nouveaux coéquipiers depuis toujours.
Dix minutes après mon arrivée, c’était comme si j’avais connu mes nouveaux coéquipiers depuis toujours.
Jonathan Clauss
Comment te sens-tu avant le début de la saison, qui commencera le 31 juillet par un Lorient-Quevilly-Rouen pour toi ?
Actuellement je suis blessé. Pourtant je me sentais très bien pendant la préparation. Mais mercredi dernier, pendant le match amical face à Dunkerque, sur un débordement, le défenseur adverse fait un mauvais geste, vraiment débile si je peux me permettre. Je me plante le genou dans la pelouse avec une entorse du ligament interne. Par chance l’entorse reste minime et je n’ai été arrêté qu’une bonne dizaine de jours. Je m’apprête à reprendre la course lundi. On a fait une échographie qui nous incite à la prudence mais je me sens de mieux en mieux. J’ai une petite attelle et je peux reprendre le vélo et la musculation mais au niveau des appuis ce n’est pas encore cela. J’aimerais bien jouer contre Lorient, mais je ne vais rien précipiter. La saison est longue.
Hartock, Salze et Duhamel sont arrivés. Quel est ton point de vue sur ce recrutement ?
Lorsque je regarde ce recrutement je vois que des joueurs confirmés à la Ligue 2 arrivent. Le groupe restait jeune, sans trop l’expérience du monde pro, comme moi. Le mélange entre l’insouciance et la sérénité de ces joueurs expérimentés, qui attirent notre attention sur certains détails, est très intéressant même si on doit encore travailler.
Le maintien est l’objectif principal de ton équipe en 2017/18. Quelle est l’approche d’Emmanuel Da Costa, le coach, avant le début de la saison ?
Lui comme nous avons une philosophie commune. On ne veut pas être vus comme le Petit Poucet qui n’a rien à prouver et qui essaiera de gratter des points. Il a sa philosophie de jeu et on est à 100% derrière lui. Il nous a bien dit que l’on avait de belles choses à montrer cette saison et surtout que l’on pouvait rivaliser avec de très belles équipes.
On ne veut pas être vus comme le Petit Poucet qui n’a rien à prouver et qui essaiera de gratter des points »
Jonathan Clauss
La question peut paraître surréaliste mais Amiens ou le GFC Ajaccio ont déjà réussi de gros exploits en allant chercher la montée. Penses-tu Quevilly-Rouen capable de faire un tel coup ?
Lorsque je vois ce qu’a fait Amiens, c’est la preuve que tout est possible. Cela reste bien sûr des exceptions. Mais tout va dépendre de nous. Si on prend rapidement confiance et qu’on se libère, le club peut prendre des points et lorsque que les points s’accumulent on est en haut du classement. Mais je ne m’avance pas trop. L’objectif est le maintien et il faut prendre les matchs les uns après les autres. Mais si on peut faire un coup, on ne se gênera pas.
Sur le plan personnel, t’es-tu fixé des objectifs en terme de statistiques ?
Forcément. Mon but est de jouer autant qu’avec Avranches (26 matchs de championnat sur 34 possibles, ndlr). Si j’y arrive, cela prouvera que j’aurais participé à une bonne partie de la saison. Sinon j’espère être le plus décisif. Avec Avranches j’ai beaucoup été impliqué dans l’avant-dernière passe ou au début de l’action, mais j’espère faire en sorte que mon nom apparaisse d’avantage en terme de passes décisives et même de buts.
Tu évolues au poste de latéral. Ce poste est sujet à de nombreux débats. Le conçois-tu comme le plus exigeant et compliqué ?
Tout dépend de la philosophie de l’entraîneur et du joueur en lui-même. Certains pensent d’abord à bloquer leur couloir et une fois la balle récupérée ils la donnent et s’arrêtent-là. Moi je suis un ancien attaquant. Je garde cette philosophie. Une fois que j’ai récupéré la balle, tout reste à faire. Je viens de derrière et je suis lancé. L’objectif est d’être acteur.
Lorsque je vois ce qu’a fait Amiens, c’est la preuve que tout est possible. (…) L’objectif est le maintien et il faut prendre les matchs les uns après les autres. Mais si on peut faire un coup, on ne se gênera pas. »
Jonathan Clauss
As-tu des références à ce poste ?
Bien sûr. Dani Alves (PSG) est mon modèle. Il est très complet. Il défend bien et est capable de se montrer dangereux sur le front de l’attaque. C’est ce qui me plaît chez lui. Je trouve dommage qu’un latéral reste derrière et ne participe pas au jeu.
T’es-tu fixé un nombre d’années avant de découvrir la Ligue 1 ?
Je n’ai pas forcément de cap. Mais depuis l’année dernière je ne m’interdis plus de rêver. Je suis capable de bien jouer. Si cela doit se faire la saison prochaine ou plus tard cela m’ira très bien. Par contre je tiens à dire que c’est un objectif de jouer au plus haut niveau. Mais avant tout il faut prendre la saison qui vient avec Quevilly-Rouen et la réussir, et alors tout sera possible.
Quels souvenirs te reviennent si l’on te parle de la 76e minute d’Avranches-Laval (6 janvier 2017, 32e de finale de Coupe de France) ?
Beaucoup de bonnes choses. Ce but (au terme d’un rush de 70 mètres, ndlr) m’a mis sous le feu des projecteurs. Je ne me rends toujours pas compte d’avoir marqué un but revu plus de deux millions de fois sur YouTube. D’ailleurs, lorsque je suis arrivé à Quevilly-Rouen certains m’ont reconnu pour cela. Je suis fier mais j’ai les pieds sur terre car après tout, cela reste un but.
Crédits photo à la une: Facebook